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Mémoire du RPAQ au Conseil du patrimoine culturel du Québec Dans le cadre des consultations publiques du Plan de conservation du site patrimonial de Sillery

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--15 mars 2013.

Mesdames, Messieurs,

C'est au nom du Réseau du patrimoine anglophone du Québec (RPAQ) que je présente ce mémoire au Conseil du patrimoine culturel du Québec. Je tiens à remercier les concepteurs du Plan de conservation du site patrimonial de Sillery pour le travail consciencieux accompli afin de présenter l'arrondissement de Sillery et son histoire et en expliquer la valeur historique.

Plutôt que de répéter les arguments apportés par le Conseil de quartier de Sillery et la Coalition Héritage Québec, le RPAQ préfère appuyer leur position et ajouter quelques points à prendre en considération.

En tant qu'historiens, notre travail ne se limite pas à étudier le passé, mais aussi à savoir en tirer des leçons pour nous aider et nous guider alors que nous avançons vers l'avenir. Comme l'a si bien dit le philosophe et poète George Santayana, « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. » Voilà pourquoi nous devons examiner les succès comme les échecs, car ceux-ci nous indiquent la voie à suivre à l'avenir.

À quelques occasions dans l'histoire de la ville de Québec, la bonne personne a pris, au bon moment, une décision-clé quant à la vision et à l'apparence du futur de notre ville. Dans les années 1870, sans l'intervention du gouverneur général Lord Dufferin, les murs de la ville auraient été rasés. À cette époque, les murs étaient considérés comme étant un obstacle au progrès et les promoteurs immobiliers étaient impatients de réutiliser le terrain qui aurait été libéré. Les portes de la ville ont toutes été démolies, mais grâce à Lord Dufferin, celles qui existent aujourd'hui ont été érigées. Il est difficile d'imaginer ce qui serait arrivé à la ville de Québec si les murs avaient été abattus. Lord Dufferin avait compris la valeur qu'auraient les murs de la ville dans le futur. Le caractère unique de la seule ville fortifiée d'Amérique du Nord aurait été anéanti. Ce caractère a contribué à placer l'arrondissement historique du Vieux-Québec sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. C'est aussi ce qui fait que notre ville est l'une des destinations touristiques les plus prisées au monde.

En 1908, à l'occasion du 300e anniversaire de la ville de Québec, les plaines d'Abraham sont devenues un parc national. Ce fut rendu possible parce qu'Honoré Julien Jean-Baptiste Chouinard, alors greffier de la ville, avait suggéré d'organiser des célébrations pour commémorer le tricentenaire et d'aménager des terrasses, des esplanades et des belvédères. Le maire Garneau a appuyé l’idée de Chouinard et s'est assuré le concours du gouverneur général, Lord Grey. Sans eux, le parc des plaines d'Abraham n'aurait jamais existé, et l'on n'y verrait que des rues et des maisons, car il s'agit d'un emplacement de choix. Il est certain que les personnes qui ont contribué à la création du parc n'ont jamais pensé qu'il serait non seulement admiré pour sa beauté et sa proximité du centre-ville, mais qu'il servirait pour le carnaval d'hiver et qu'il accueillerait régulièrement quelque 70 000 personnes lors des concerts à l'occasion du Festival d'été.

Il y a bien eu quelques « accidents évités de justesse », mais Québec porte encore les marques des « coups directs » qu'elle a encaissés. À titre d'exemple, l’immeuble surnommé le « Bunker » a remplacé une rangée de maisons victoriennes qui faisait face à l'Assemblée nationale, sur Grande Allée. « Spencer Grange », la résidence de James MacPherson Le Moine à Sillery, existe toujours, mais elle est enclavée dans un quartier résidentiel construit dans les années 50.

On n'arrête pas le progrès, bien sûr, mais à quel prix? Peut-être ne pouvons-nous pas regarder dans une boule de cristal pour voir exactement comment ces domaines historiques seront utilisés à l'avenir s'ils sont protégés et conservés dans leur forme actuelle, mais une chose est sûre : le jour où ils seront divisés en parcelles et mis entre les mains des promoteurs immobiliers, il sera impossible de revenir en arrière et ils auront disparu à jamais.

En tant qu'organisation dont la mission est d'aider à préserver et à protéger le patrimoine anglophone qui fait partie intégrante de la merveilleuse culture de la société de Québec, nous vous exhortons à reconsidérer la possibilité de créer des secteurs résidentiels à l'emplacement du domaine, tel qu'il est décrit à la section IV du Plan de conservation du site patrimonial de Sillery.

Le RPAQ
Fondé en 2000, le Réseau du patrimoine anglophone du Québec (RPAQ) est une organisation non partisane sans but lucratif qui, avec ses membres, voit à la préservation du patrimoine bâti, culturel et naturel du Québec.

Le RPAQ vise à accroître la compréhension de l’histoire et de la culture des communautés anglophones au Québec en informant, en stimulant et en reliant les gens par ses activités. L’adhésion au Réseau est ouverte à tout organisme ou particulier qui s’intéresse à l’histoire, au patrimoine et à la culture des communautés anglophones du Québec, peu importe sa langue ou son appartenance culturelle.

À titre de réseau, le RPAQ encourage la coopération et la communication entre les membres en leur offrant de l’aide pour obtenir les ressources nécessaires à la réalisation de leurs activités et à l’offre de leurs services.

Parmi ses membres, on compte des musées, des sociétés historiques, des groupes communautaires, des archives et des bibliothèques, de même que des particuliers qui s’intéressent au patrimoine anglophone du Québec. À l’heure actuelle, en plus de ses nombreux membres individuels partout au Québec et au Canada, le RPAQ compte près de 90 organismes québécois comme membres permanents ou affiliés. Plusieurs de ses organismes membres sont essentiellement francophones.

Depuis sa fondation, le RPAQ s'est fait le porte-parole de ses membres et de la grande communauté du patrimoine. Il a plaidé la cause de la préservation des sites historiques et demandé de meilleures lois et un financement accru pour la conservation du patrimoine. Il s'est exprimé devant, entre autres, l'Assemblée nationale du Québec, le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes, le Sommet national du patrimoine (Montréal 2012 – un exposé sur le projet de loi 82), et l'Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec.

Veuillez agréer Mesdames, Messieurs, mes salutations distinguées.

Simon Jacobs
Vice-président, Réseau du patrimoine anglophone du Québec